Faire de la gestion forestière et de la sylviculture, c’est bien, mais s’il n’y a personne pour assurer la récolte des bois puis leur transformation, cela devient très vite utopique. Et oui, la notion de filière bois n’est pas là que pour faire joli : elle correspond à une réalité où chaque acteur est indispensable et participe à ce que la forêt assure des fonctions au profit de la société, mais aussi à ce que le bois devienne ce matériau noble joliment valorisable.
Aussi, dans le cursus de formation des étudiants, il est toujours utile de prévoir quelques rencontres avec des exploitants ou d’envisager la visite d’usines de transformation du bois, afin de comprendre les points de vue de chacun ainsi que les contraintes et atouts de chaque maillon de la filière.
Cette année, profitant de notre tournée en Haute-Marne, c’est vers la scierie Barbier que nous nous sommes tournés, d’abord parce qu’elle nous avait été recommandée, ensuite parce que la philosophie transparaissant au travers du site internet montrait un véritable amour du bois et de la forêt.
Face à des forêts qui devront être de plus en plus diversifiées pour faire face au changement climatique, visiter une scierie feuillue, capable de transformer toutes les essences, était d’autant plus évident.
Et que dire, si ce n’est que cette visite fut passionnante. D’abord par l’amour de son métier et du bois qu’a su nous transmettre M. Barbier tout au long de la visite. Ensuite, parce que cette découverte fut très complète : commençant par le parc à grumes, l’observation des défauts du bois et le rôle du commis de coupe, pour ensuite se poursuivre par l’observation des procédés industriels permettant de scier le bois afin de valoriser chaque essence selon sa qualité et les produits demandés. Enfin, la visite s’est terminée par les séchoirs, la chaufferie permettant de les alimenter et les stocks de produits finis, avec des plateaux de multiples essences venant prouver qu’avec du savoir-faire, toutes les essences de la forêt française sont valorisables.
Chêne, frêne, charme, tremble, châtaignier ou encore résineux : il est possible de tout scier et de valoriser chaque essence en fonction de ses caractéristiques, afin de les utiliser dans de multiples domaines selon l’esthétisme ou les contraintes biologiques et mécaniques recherchées.
Et quel soulagement de voir ainsi des scieries qui, partant de la diversité de la forêt, se sont adaptées à cette diversité et à la réalité forestière, sans rechercher à tout prix l’homogénéité, la standardisation ou l’industrialisation. Certes, cela implique d’autres contraintes, et nous l’avons évoqué : il faut parfois trouver des marchés de niche, faire un peu de négoce ou encore disposer d’un personnel bien formé. Mais n’est-ce pas là l’avenir : avoir des scieries adaptées à la réalité forestière de notre pays plutôt que d’envisager des forêts toujours plus standardisées et uniformisées ?
Merci, Monsieur Barbier, de nous avoir montré que cela était possible, et d’avoir transmis aux étudiants cet optimisme dont ils auront besoin ainsi que cette passion qui peut, seule, permettre de porter de si belles visions.