Aujourd’hui, quoi que l’on en pense, différentes essences sont plantées en forêt. L’objectif est clair : adapter la sylve au changement climatique. Parfois, il ne s’agit que de simples îlots d’avenir. Mais, parfois aussi, les plantations se font à plus grande échelle.
Pour les futurs gestionnaires forestiers, ces évolutions soulèvent déjà des questions. Car un jour, il faudra apprendre à gérer ces nouveaux peuplements. Il faudra comprendre ces essences encore peu connues. Bref, il faudra apprivoiser l’inconnu.
C’était précisément l’objectif de la sortie du jour pour les apprenants en formation BTSA Gestion Forestière. Direction la forêt communale de Ceyzériat, en compagnie de Loïc Ducrozet, technicien à l’Office national des forêts.
À son arrivée sur son triage, en Bresse, Loïc découvre des peuplements de pins Weymouth. Ces arbres avaient été implantés à la fin du XIXᵉ siècle. Pourtant, en France, aucune donnée n’existait sur cette essence. Il a donc fallu inventer. Observer. Tester. Comprendre.
Et c’est tout ce travail, mené depuis plus de vingt ans, que Loïc a présenté aux étudiants, exemples concrets à l’appui.
Tout commence par le sol. Puis viennent les contraintes de la végétation concurrente. Ensuite apparaît la rouille vésiculeuse, avec ses impacts et sa gestion. Il faut également observer la régénération naturelle. Comprendre comment cet arbre valorise des terrains engorgés. Bref, entrer dans l’intimité du peuplement.
Face à ces constats, des décisions s’imposent.
La sylviculture à couvert continu devient une évidence. Elle évite une mise à nu brutale du sol et limite l’installation d’un stade bloquant dominé par la fougère.
La valorisation des rares feuillus permet de maintenir un minimum de mélange.
L’exploitation des arbres atteints par la rouille limite la propagation de la maladie.
Enfin, la fixation d’un diamètre d’exploitabilité à 60 cm apparaît comme un optimum. La récolte à ce diamètre devient alors une belle manière d’irrégulariser progressivement ces peuplements.
Quant aux débouchés, là aussi, il a fallu chercher. Convaincre. Essayer. Ici pour des ruches. Là pour de la charpente. Aujourd’hui, même pour du cercueil. La gestion forestière, c’est aussi cela : trouver de la valeur là où rien n’était écrit d’avance.
Observer, étudier, comprendre, essayer, valoriser. Tels furent les maîtres mots de cette rencontre.
Avec humilité, Loïc a partagé le fruit de ses découvertes. Mais finalement, ces qualités ne sont-elles pas aussi celles que devrait posséder tout forestier ? Curiosité. Patience. Capacité d’adaptation.
Pour les apprenants en formation à Annecy, cette sortie fut bien plus qu’une simple visite. Elle illustre concrètement les enjeux de leur futur métier. Grâce à ces expériences de terrain, ils apprennent à dessiner des forêts vivantes et résilientes. Des forêts que l’on peut être fier de faire visiter.
Un grand merci à Loïc pour cette leçon de gestion forestière. À coup sûr, ce sont ces moments qui inspirent les étudiants et leur donnent les clés de réflexion pour demain.