Former à la cartographie en génie écologique ne peut plus se limiter à la maîtrise d’outils numériques. L’enjeu pédagogique est aujourd’hui de permettre aux apprenants de mobiliser leurs compétences dans des situations professionnelles authentiques, en intégrant simultanément des contraintes techniques, réglementaires et environnementales.
C’est dans cette logique qu’un travail dirigé (TD) structurant a été conçu dans le cadre du module de cartographie de la licence de génie écologique. Ce TD prend appui sur un cas réel et représentatif : l’étude hydromorphologique d’un tronçon du Fier, à Dingy-Saint-Clair, en Haute-Savoie.
Le Fier, affluent du Rhône, constitue un système hydromorphologique particulièrement actif. Sur le secteur de Dingy-Saint-Clair, le cours d’eau offre un terrain d’observation exceptionnel, caractérisé par :
Ces caractéristiques font du site un terrain d’étude de premier ordre pour aborder des problématiques opérationnelles directement issues du terrain professionnel : évolution morphologique, bilan sédimentaire, stabilité des berges et lecture des dynamiques fluviales à différentes échelles temporelles.
Ce TD s’inscrit dans une logique d’apprentissage par l’action. Les apprenants ne sont pas seulement invités à utiliser des outils : ils doivent les mobiliser de façon raisonnée, dans un contexte contraint, avec des données réelles et des enjeux d’interprétation concrets.
L’approche repose sur une chaîne de traitement intégrée, articulant trois phases complémentaires :
L’objectif pédagogique est explicite : amener les apprenants à passer de la compréhension des outils à leur utilisation raisonnée dans un contexte réel. Ce glissement — de l’outil à la compétence — constitue le cœur de la démarche.
La première phase du TD consiste en une mission d’acquisition par drone sur le tronçon du Fier. Les apprenants y mettent directement en œuvre les acquis de leur formation spécialisée :
En complément, les apprenants réalisent un géoréférencement de précision à l’aide d’un récepteur GNSS en mode RTK, connecté au réseau de bases permanentes Centipède. Des points de contrôle au sol (GCP — Ground Control Points) sont implantés de manière stratégique afin de garantir la précision planimétrique et altimétrique des données produites.
Cette articulation entre acquisition aérienne et contrôle terrain permet de relier explicitement les compétences drone à des exigences de qualité et de fiabilité des données spatiales — dimension essentielle dans tout projet de génie écologique.
À l’issue de la phase terrain, les données brutes sont traitées via une chaîne photogrammétrique complète au sein du logiciel Agisoft Metashape. Les productions cartographiques comprennent :
Le TD intègre également des données LiDAR issues de l’IGN (Institut national de l’information géographique et forestière), offrant une référence indépendante pour une approche comparative et une validation croisée des résultats photogrammétriques.
L’analyse des nuages de points est conduite avec le logiciel CloudCompare, outil de référence pour :
La troisième phase vise à consolider les compétences analytiques des apprenants. Au-delà de la production de données, il s’agit d’apprendre à les lire, à les questionner et à en tirer des conclusions argumentées.
Les apprenants sont amenés à :
L’enjeu pédagogique central est de développer une compétence souvent sous-estimée dans les formations techniques : la capacité à porter un regard critique sur une production cartographique, à en connaître les limites et à en communiquer les incertitudes avec rigueur.
Phase | Compétences mobilisées |
Acquisition terrain (4h) | Pilotage drone, planification de mission, RTK/GNSS, implantation de GCP |
Traitement (10–12h) | Photogrammétrie (Metashape), analyse LiDAR, traitement de nuages de points (CloudCompare) |
Analyse critique | Formalisation de chaîne de traitement, interprétation des dynamiques fluviales, identification des incertitudes |
La charge de travail associée à ce TD reflète les exigences du milieu professionnel :
Ce format garantit une immersion réaliste et progressive, dans laquelle les apprenants expérimentent la complexité d’une chaîne de traitement géospatiale complète. La durée du travail — comparable à celle d’une mission professionnelle courte — contribue à ancrer les apprentissages dans une temporalité crédible.
Compétences attestées à l’issue du TD À l’issue de ce travail, les apprenants sont capables de : conduire une acquisition de données par drone en contexte fluvial · assurer un géoréférencement de précision (RTK/GCP) · produire et exploiter des orthophotographies et des MNT photogrammétriques · analyser des nuages de points et intégrer des données LiDAR · interpréter des dynamiques fluviales à partir de données géospatiales multi-sources. Ces compétences sont directement transférables aux métiers du génie écologique, de la gestion de cours d’eau et de l’ingénierie environnementale. |
Ce TD illustre une évolution pédagogique majeure au sein de la formation en génie écologique : faire de la cartographie non plus une finalité technique, mais un véritable outil d’analyse et d’aide à la décision.
En mobilisant leurs apprentissages dans un contexte réel et complexe, les apprenants développent à la fois une compréhension fine des milieux étudiés et une capacité à interpréter des données hétérogènes. Ils apprennent à mettre en cohérence des informations issues de sources différentes — drone, GNSS, LiDAR, terrain — pour construire une lecture argumentée du milieu.
Former à ces approches intégrées, c’est former des professionnels capables d’agir avec méthode, rigueur et discernement sur les territoires — des praticiens du génie écologique à même de mobiliser les outils géomatiques au service de la compréhension et de la gestion des milieux naturels.